Carte accessible : gros caractères, contraste et options en braille
Guide pratique de la carte accessible : édition en gros caractères, ratios de contraste, polices, braille et relief, et ce qu'un menu QR doit faire pour les lecteurs d'écran.

Environ un Européen sur trente vit avec une déficience visuelle que les lunettes ne corrigent pas complètement, et près d'un sur quatre a plus de soixante ans et lit mal les petits caractères sous un éclairage tamisé. Dans un restaurant de 60 couverts, cela fait plusieurs tables chaque soir qui n'arrivent pas à lire confortablement une carte en corps 9 gris sur crème. Rendre une carte accessible n'est pas un projet à part : c'est une édition en gros caractères, quelques décisions sur le contraste et la typographie, un regard honnête sur votre menu QR et, pour certains établissements, une version en braille ou en relief. Voici comment faire chacun de ces points, chiffres à l'appui.
L'édition en gros caractères : deux exemplaires qui se rentabilisent seuls
Le geste le plus efficace consiste à garder deux ou trois exemplaires de la carte en gros caractères à l'accueil et à les proposer sans attendre la demande, comme on propose une chaise haute. « Gros caractères » au sens de l'accessibilité signifie un corps de texte de 16 à 18 pt, des titres de 24 pt ou plus et un interlignage d'au moins 120 %. Sur une feuille A4, cela tient un tiers du contenu d'une carte normale : une carte de 25 plats devient un livret A4 de quatre pages ou deux feuilles recto.
Ne réduisez pas votre maquette standard pour l'agrandir ensuite à la photocopieuse. Composez-la proprement, sur une colonne, alignée à gauche, avec le prix juste après le nom du plat plutôt que repoussé dans la marge. Imprimez sur un papier blanc non couché de 160 à 200 g ; une surface mate évite les reflets sous les spots, et le crème ou l'ivoire réduit le contraste, ce qui est l'inverse de ce que vous cherchez ici.
Le coût est dérisoire. Trois exemplaires chez l'imprimeur du quartier reviennent à 5 à 10 € et tiennent une saison dans une pochette simple. Ajoutez une ligne en bas de votre carte standard : « Une carte en gros caractères est disponible sur demande. » Les clients qui en ont besoin la demandent rarement autrement.
Contraste et couleur : mesurez, ne devinez pas
Les recommandations WCAG pour les écrans fixent un ratio de contraste minimal de 4,5:1 pour le texte courant et de 3:1 pour les gros textes ; c'est un repère tout aussi sensé pour l'imprimé. Noir sur blanc donne 21:1. Un gris foncé (hex 444444) sur blanc donne environ 9,7:1 et reste très bien. Le gris moyen à la mode (888888) sur crème tombe autour de 3,3:1, et la dorure sur noir, dès que la lumière l'accroche, devient imprévisible.
Quelques règles qui survivent à tous les styles. Ne composez jamais le texte courant dans une couleur plus claire que 60 % de noir. Évitez le texte en réserve (blanc sur fond sombre) en dessous de 12 pt, car l'engraissement de l'encre sur papier non couché bouche les contreformes des petites lettres. Ne confiez jamais un sens à la seule couleur : un piment rouge pour « épicé », une feuille verte pour « végétarien » sont invisibles pour les 8 % d'hommes daltoniens rouge-vert s'ils ne sont pas accompagnés d'une lettre ou d'un symbole.
Des choix typographiques qui aident tout le monde
Le débat empattements contre linéales compte moins que la hauteur d'x, l'approche et la graisse. Ce qui aide un lecteur malvoyant aide aussi le client fatigué de 22 h sous 150 lux.
- Texte courant à 11 pt minimum sur la carte standard, 16 pt sur l'édition en gros caractères. Mesurez la hauteur d'x plutôt que le corps nominal : une Georgia en 11 pt se lit comme bien des linéales en 12 pt.
- Graisse regular ou medium, jamais light ni thin pour le texte courant. Le gras pour les noms de plats est bienvenu et facilite le balayage.
- Approche généreuse sur les petites capitales et les titres en capitales, autour de 5 à 10 %, et pas de capitales pour les descriptions.
- Des lettres distinctes : vérifiez que le I majuscule, le l minuscule et le chiffre 1 se différencient, et que les 3, 6, 8 et 9 des prix sont sans ambiguïté. Les chiffres alignés se lisent mieux que les chiffres elzéviriens dans une édition en gros caractères.
- Pas d'italique au-delà de quelques mots. Les descriptions en italique sont un cliché de carte qui coûte de la lisibilité pour rien.
Braille et relief : quand et comment
Moins de 10 % des personnes aveugles en Europe lisent le braille couramment, mais celles qui le lisent se souviendront pendant des années du restaurant qui avait une carte en braille prête. Le braille est encombrant : une page A4 embossée contient environ 25 lignes de 30 cellules, si bien qu'une carte complète fait 8 à 15 pages. La transcription et l'embossage se font auprès d'associations et de services spécialisés ; comptez 3 à 6 € la page et un délai d'une à deux semaines, ce qui a du sens pour une carte de fond stable plutôt que pour une ardoise hebdomadaire.
Gardez l'édition braille courte : nom du plat, ingrédients principaux, prix, allergènes. Oubliez la poésie. Reliez-la en spirale pour qu'elle s'ouvre à plat et rangez-la à plat pour ne pas écraser les points. Mettez-la à jour quand les prix changent ; une carte braille périmée est pire que pas de carte du tout, car le client ne peut pas la vérifier contre l'imprimée.
Un complément moins coûteux est le repère tactile sur la carte standard : un vernis sérigraphique en relief sur les titres de rubriques, ou un carton de 400 g avec le logo gaufré, aide les clients qui voient partiellement à s'orienter sur la page. Et l'outil le plus inclusif de tous ne coûte rien : un serveur qui propose de lire la carte à voix haute, rubrique par rubrique, sans presser.
Menus QR et lecteurs d'écran
Un QR code qui ouvre un PDF est inaccessible à la plupart des utilisateurs de lecteurs d'écran, sauf si le PDF a été balisé, ce qui n'est presque jamais le cas des cartes. Un lecteur d'écran lira une maquette sur deux colonnes en travers, mélangeant les noms de plats avec les prix de la rubrique voisine. Si vous proposez une carte numérique, sa version accessible est une page HTML : des titres pour les rubriques, une liste par rubrique, le nom du plat et son prix dans le même élément, les codes allergènes écrits en toutes lettres.
Vérifiez trois choses sur votre propre téléphone. Activez le lecteur d'écran du système et écoutez la première rubrique : l'ordre a-t-il un sens ? Zoomez le texte à 200 % : la mise en page se recompose-t-elle ou faut-il faire défiler horizontalement ? Regardez-la dehors à midi : le contraste reste-t-il lisible ? Si un seul de ces tests échoue, le menu QR est une décoration, pas un aménagement.
Le règlement 1169/2011 impose de communiquer les quatorze allergènes à chaque client avant la commande. Un client qui ne peut pas lire votre carte a le même droit à cette information, raison de plus pour l'édition en gros caractères et pour une équipe qui connaît la matrice des allergènes par cœur, formule du midi comprise.
Une liste à cocher dès cette semaine
- Imprimer trois exemplaires en gros caractères, 16 à 18 pt, une colonne, noir sur blanc, et les poser à l'accueil.
- Ajouter une ligne sur la carte standard annonçant qu'une version en gros caractères existe.
- Mesurer le contraste du texte courant et corriger tout ce qui passe sous 4,5:1.
- Remplacer chaque pictogramme qui porte un sens par la seule couleur par un pictogramme accompagné d'une lettre.
- Tester le menu QR avec un lecteur d'écran et à 200 % de zoom.
- Décider si une édition braille de la carte de fond a du sens pour l'établissement et la chiffrer auprès d'une association locale.
Rien de tout cela ne change l'allure de votre carte pour les clients qui la lisent sans effort ; cela cesse seulement d'exclure ceux qui n'y arrivent pas. Dans Menu Atelier, l'édition en gros caractères est la même maquette basculée dans un autre format : choisissez A4 feuille simple, montez le corps de texte dans les réglages typographiques, vérifiez que tout tient en 3D et exportez un second PDF prêt à imprimer à côté de votre carte standard, la légende des allergènes suivant automatiquement.