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Ingénierie de carte : stars, plough horses, puzzles et dogs

Comment classer chaque plat par popularité et marge, que faire des quatre catégories, et comment cela doit changer la mise en page de la carte.

La plupart des restaurateurs savent quels plats se vendent. Bien moins savent lesquels rapportent, et presque personne n'a mis les deux faits côte à côte sur une seule feuille. Cette feuille, c'est l'ingénierie de carte, une méthode née à Michigan State dans les années 1980 avec Kasavana et Smith, et toujours l'heure la plus utile que vous puissiez passer sur votre carte avant de la redessiner. Cet article explique les quatre catégories, comment les calculer à partir de vos propres ventes dans un tableur, et surtout ce que chacune doit faire à la mise en page de la carte.

Deux chiffres par plat

L'ingénierie de carte demande exactement deux chiffres par article d'une rubrique : combien vous en avez vendu sur une période (popularité) et combien chaque vente contribue après le coût denrées (marge de contribution, c'est-à-dire prix de vente hors TVA moins le coût des ingrédients). Pas le pourcentage de food cost : la marge en euros. Une entrée à 9 € à 25 % de food cost contribue 6,75 € ; un plat à 16 € à 35 % contribue 10,40 €. Le plat a un moins bon pourcentage et vous rapporte plus par assiette.

Sortez quatre à huit semaines de ventes de la caisse, groupées par plat, et costez chaque recette honnêtement, y compris la garniture, le pain et la sauce faite en bac de 10 litres. Travaillez à l'intérieur d'une rubrique (entrées contre entrées, plats contre plats), parce qu'un dessert ne concurrencera jamais un plat sur la marge. La formule du midi se calcule à part : c'est un produit, pas une ligne de la carte du soir.

Tracer la matrice

Pour chaque rubrique, calculez deux seuils. Le seuil de marge est la marge de contribution moyenne de la rubrique, pondérée par les unités vendues. Le seuil de popularité est 70 % de la part équitable : si une rubrique a dix plats, la part équitable est 10 % des unités chacun, et le seuil est 7 %. Tout plat au-dessus des deux est une star ; au-dessus de la marge mais en dessous de la popularité, un puzzle ; en dessous de la marge mais au-dessus de la popularité, un plough horse ; en dessous des deux, un dog.

  • Stars : populaires et rentables. Protégez-les. Ne changez jamais la recette, gardez le prix stable, placez-les là où l'œil arrive en premier.
  • Plough horses : populaires mais à faible marge. Les plats signature pour lesquels on vient. Montez le prix en douceur, réduisez le coût portion, ou associez-les à un accompagnement à forte marge.
  • Puzzles : rentables mais peu demandés. Les plats à vendre plus fort : meilleure description, meilleure position, un encadré ou une marque du chef, éventuellement une petite baisse de prix.
  • Dogs : peu demandés et peu rentables. Retirez-les, ou gardez-en un pour une raison que vous pouvez nommer (une option végétarienne, un plat enfant) et arrêtez de vous en inquiéter.

La règle des 70 % est une convention, pas une loi. Si votre rubrique n'a que trois plats, utilisez 60 % pour éviter de tout classer en puzzle. L'intérêt est un classement relatif dans votre propre carte, pas un score absolu.

Que faire de chaque catégorie

Stars

Les stars sont là où la mise en page doit pointer. Mettez-les en tête de rubrique ou en première position après un titre, donnez-leur toute la longueur de description, et si photo il y a, que ce soit la leur. Testez une petite hausse (50 centimes à 1 €) une fois par an ; une vraie star la tolère.

Plough horses

Le plough horse classique, c'est le burger, la carbonara, le steak-frites : le plat qui remplit la salle et paie le moins. Trois gestes marchent. Rehaussez de 5 à 8 % et regardez si le volume tient. Reconcevez l'assiette : une coupe moins chère, une portion de protéine plus petite avec une garniture plus généreuse, des accompagnements maison à 40 centimes. Ou servez-vous-en comme pont : placez-le à côté d'un plat à forte marge pour que la comparaison flatte le puzzle.

Puzzles

Un puzzle est souvent un échec de communication. Le plat est bon et rentable mais le nom est opaque, la description est une liste d'ingrédients, ou il traîne en bas d'une longue rubrique. Renommez-le, décrivez-le en une phrase sensorielle, déplacez-le en deuxième position de la rubrique, et envisagez de le marquer suggestion du chef. Donnez-lui huit semaines ; s'il ne bouge toujours pas, c'est un dog avec une bonne marge.

Dogs

Retirer les dogs est le changement de carte le plus efficace : ça raccourcit la carte, simplifie la cuisine et réduit le gaspillage. Gardez un dog seulement s'il a un rôle stratégique que vous pouvez dire en une phrase. Tout le reste part.

Comment l'analyse doit changer le design

L'erreur est de faire l'analyse puis de tendre la même liste à un graphiste. La classification est un brief de mise en page. Une rubrique avec deux stars, quatre plough horses et trois puzzles ne doit pas s'aligner par ordre alphabétique ni par prix. Elle doit s'ouvrir sur une star, placer les puzzles en positions deux et trois où l'œil voyage encore, mettre les plough horses au milieu où les gens qui sont venus pour eux les trouveront de toute façon, et se fermer sur la deuxième star, qui bénéficie de l'effet de récence.

  1. Coupez d'abord les dogs ; la carte plus courte qui en résulte se compose plus facilement avec un corps généreux.
  2. Ordonnez chaque rubrique par rôle : star, puzzle, puzzle, plough horses, star.
  3. Donnez aux stars et aux puzzles les descriptions les plus longues ; gardez les plough horses à un nom et une ligne.
  4. Utilisez un seul dispositif d'emphase par rubrique (un encadré, une marque du chef, une petite illustration) et donnez-le à un puzzle, pas à une star.
  5. Relancez la matrice huit semaines après la réimpression pour voir ce qui a bougé.

Limites de la méthode

L'ingénierie de carte ignore la main-d'œuvre : un puzzle qui prend vingt minutes à un cuisinier peut être moins rentable que sa marge ne le dit. Elle ignore la structure du repas : une entrée bon marché qui mène à un plat cher fait un travail que la matrice ne voit pas. Elle ignore la saisonnalité, et elle vous dira volontiers de couper le plat que vos habitués aiment parce qu'ils ne le commandent que le dimanche. Traitez la matrice comme le départ d'une conversation entre la cuisine et celui qui met en page, pas comme un algorithme qui décide.

Une feuille, à chaque réimpression

La valeur de l'ingénierie de carte n'est pas de la faire une fois, mais de la faire avant chaque réimpression. Huit semaines de données caisse, une heure dans un tableur, quatre catégories, et un ordre de mise en page qui en découle. La carte redessinée vend ce que vous voulez vendre, et l'analyse suivante vous dit si ça a marché.

Dans Menu Atelier, l'ordre dans lequel vous collez vos plats est l'ordre d'apparition, donc vous pouvez ranger chaque rubrique par rôle avant de générer, mettre le puzzle à pousser en deuxième position, et passer d'une feuille A5 à un dépliant A4 en un clic quand couper les dogs libère assez de place pour un corps plus grand.

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