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Carte de luxe : ce que les restaurants gastronomiques font autrement

Les conventions des cartes gastronomiques : moins de mots, pas de symbole euro, une police, papier épais et finitions, et pourquoi elles coûtent plus cher mais durent.

Prenez la carte d'un restaurant sérieux et la première chose que vous remarquez, c'est le peu qu'il y a dessus. Huit lignes, peut-être, sur un carton épais, sans un seul symbole euro et sans description de plus de cinq mots. Cette rareté n'est pas de la paresse ; c'est le produit d'un ensemble de conventions que la gastronomie a affinées pendant des décennies, et la plupart peuvent être empruntées par n'importe quel restaurant qui veut paraître plus réfléchi. Cet article les expose, avec les chiffres, et dit honnêtement lesquelles coûtent vraiment de l'argent.

Moins de mots, choisis avec soin

Un menu dégustation de sept services tient souvent en sept lignes de trois à six mots chacune : le produit principal, un ou deux compagnons, parfois une technique. Turbot, beurre noisette, oseille. La carte du même restaurant dépasse rarement quinze plats. La brièveté fait deux choses. Elle signale l'assurance, puisque la cuisine ne s'explique pas. Et elle place la description dans la bouche du serveur, formé pour raconter le plat à table.

Pour un restaurant qui n'est pas gastronomique, la leçon transférable est de réduire les descriptions aux seuls composants et de retirer chaque adjectif. Volaille de Bresse rôtie, estragon, girolles en dit plus qu'une phrase sur le moelleux. Une carte écrite ainsi gagne aussi 30 à 40 % d'espace, qui est dépensé en marges.

Comment les prix sont traités

Les cartes gastronomiques n'affichent presque jamais de symbole monétaire, n'utilisent jamais de points de conduite et ne mettent jamais les prix en avant. Le chiffre se place après le plat, dans le même corps et la même graisse, ou dans une colonne discrète à droite sans filet pour le relier. Les nombres entiers sont la norme : 48, pas 48,00. Les menus dégustation affichent un prix unique, une fois, en bas, souvent avec l'accord de vins en dessous de la même manière.

C'est légal et honnête dès lors que le prix est clairement rattaché au plat. Ce que cela évite, c'est l'effet colonne, où des prix alignés avec conduite invitent le client à parcourir de haut en bas et à choisir le moins cher. Les recherches de Cornell sur les cartes sont souvent citées sur ce point, et si l'ampleur des effets est discutée, la direction est constante : des prix discrets déplacent l'attention vers la cuisine.

Typographie : une seule voix, à voix basse

Presque toutes les cartes de luxe utilisent une seule police, parfois deux du même dessinateur. Les sérifs dominent : une transitionnelle ou une didone aux déliés fins pour les salles françaises classiques, une garalde calme pour tout ce qui a une sensibilité méditerranéenne ou littéraire, une linéale raffinée pour les salles contemporaines. Le corps n'est pas plus petit qu'ailleurs, malgré l'impression ; les noms de plats sont en 11 à 13 pt, et c'est l'espace autour qui crée la sensation de légèreté.

  • Interlignage à 150 % du corps ou plus ; une liste de sept services peut s'offrir 6 à 8 mm entre les lignes.
  • Petites capitales ou capitales interlettrées pour les titres de section et le nom du restaurant, à 8-12 % d'approche.
  • Chiffres elzéviriens quand la police en dispose, pour que les prix s'intègrent au texte au lieu de crier au-dessus.
  • Alignement centré pour un menu dégustation, fer à gauche pour une carte. Jamais justifié.
  • Une seule encre, en général un presque-noir ; une deuxième couleur n'apparaît que dans le logo, si tant est.

Papier et finitions : là où va l'argent

C'est la partie qui coûte. Les cartes gastronomiques sont imprimées sur carton de 350 à 400 g, en général non couché, souvent avec une part de coton ou une texture subtile, en blanc naturel ou crème doux. Les finitions courantes, par coût croissant : pelliculage mat soft-touch, gaufrage ou débossage à sec du logo, coloration des tranches, dorure dans un métal atténué, et impression typographique sur papier coton épais.

Des chiffres réalistes pour un petit tirage de 50 à 100 cartes : une carte A5 simple sur carton non couché 350 g avec finition soft-touch revient à environ 3 à 5 € l'exemplaire chez un imprimeur ; ajoutez un gaufrage à sec et on passe à 6-10 € ; la typographie sur coton peut atteindre 15 à 25 € la carte. Ces prix ont un sens parce que la carte est réimprimée rarement et manipulée avec soin. Si votre carte change chaque semaine, mettez l'argent dans le papier et oubliez le gaufrage.

Format et présentation

La carte simple volante est la norme gastronomique : A5 ou une proportion plus étroite, une par convive, remplacée dès qu'elle est tachée. Les dépliants apparaissent quand il y a une carte et un menu dégustation, la couverture ne portant que le nom ou un signe. Les cartes de huit pages ou plus sont réservées aux vins, et même là la tendance va vers une sélection courte sur deux ou trois faces, avec la liste complète sur demande.

La présentation compte autant que l'impression. Une carte remise au client, plutôt que laissée sur la table, fait partie du design. Certains restaurants impriment la date sur la carte pour qu'elle se lise comme le document de ce soir ; d'autres la signent. Ce sont des gestes peu coûteux qui ont un grand effet sur le soin perçu.

Ce qu'un bistrot peut emprunter sans faire semblant

Vous n'avez pas besoin d'un menu dégustation pour adopter ces conventions. Un restaurant de quartier avec 25 plats peut supprimer les symboles euro et les points de conduite, réduire les descriptions aux composants, passer à une seule bonne police, élargir les marges et imprimer sur un carton non couché plus épais. Le client y lira une maison qui se prend au sérieux, et des prix pourtant identiques paraîtront plus justifiés. Ce qu'il ne faut pas emprunter, c'est la rareté extrême ou le carton coton 400 g si la carte change tous les quinze jours ; les coûts n'ont plus de sens.

Le luxe, c'est surtout de la retenue et de la matière

Retirez le gaufrage et la typographie au plomb, et le design de carte gastronomique se réduit à une poignée de décisions : très peu de mots, aucun prix mis en avant, une seule police composée avec de l'air autour, et un papier agréable en main. Ce sont des décisions que n'importe quel restaurant peut prendre cette semaine. Dans Menu Atelier, le style Fine Dining Editorial applique exactement ces conventions, prix discrets, une seule police raffinée et de larges marges, et la version imprimée utilise un carton mat 350 g avec finition soft-touch, pour que la sensation en main corresponde à la retenue de la page.

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