Taille de police d'une carte de restaurant : les chiffres qui tiennent en salle sombre
Corps de texte, contraste et choix de papier pour qu'une carte imprimée reste lisible à la bougie : des réglages concrets pour les plats, les descriptions et les prix.

Une carte qui paraît élégante sur un écran lumineux à 14 h est souvent illisible à la table du fond à 21 h. L'éclairage tombe sous 50 lux, le client a 55 ans et a laissé ses lunettes dans la voiture, et l'italique gris en corps 8 dont vous étiez si fier devient une tache. Vous trouverez ici les vrais chiffres : corps par niveau de texte, seuils de contraste, choix du papier et de l'encre, et un test de cinq minutes à faire ce soir dans votre propre salle.
Pourquoi une salle de restaurant est un mauvais endroit pour lire
Un livre se lit entre 300 et 500 lux, sous une lampe, à une distance stable de 35 à 40 cm. Un restaurant au service du soir se situe plutôt entre 30 et 100 lux, la carte est tenue à bout de bras ou posée à plat, et la moitié de la lumière vient d'une bougie chaude qui écrase les contrastes. La presbytie touche la majorité des gens à partir de 45 ans : une bonne part de vos clients payants a besoin de caractères plus gros que ceux qu'un graphiste de vingt-cinq ans choisit d'instinct.
La conséquence n'est pas seulement un inconfort. Un client qui ne parvient pas à lire commande plus vite et sans risque : le plat qu'il reconnaît, le deuxième vin le moins cher, pas d'entrée. La lisibilité se retrouve directement dans le ticket moyen.
Les corps qui tiennent : niveau par niveau
Le corps seul est une mesure imparfaite, parce que la hauteur d'x varie beaucoup d'une police à l'autre. Un Garamond en 10 pt paraît nettement plus petit qu'un Helvetica en 10 pt. Les valeurs ci-dessous supposent une police à hauteur d'x moyenne ; ajoutez un demi-point pour les elzévirs comme Garamond ou Caslon, retirez-en un demi pour les linéales à grande hauteur d'x comme Source Sans ou Fira.
- Noms des plats : 11 à 13 pt en A4, 10 à 12 pt en A5. Jamais sous 10 pt pour un service du soir.
- Descriptions : 9 à 10,5 pt. C'est le niveau qui échoue le plus souvent ; le corps 8 n'est acceptable que dans un café lumineux au déjeuner.
- Prix : même corps que le nom du plat ou un point de moins, jamais plus petit que la description.
- Titres de sections : 14 à 20 pt, ou le corps des plats en capitales avec 80 à 120 unités d'approche.
- Notes, légende des allergènes, mentions légales : 7,5 pt minimum, dans une linéale nette plutôt qu'en italique.
Si votre carte compte plus de plats que ces corps ne permettent d'en loger sur la page, la réponse n'est pas de réduire la police. C'est un format plus grand, un dépliant, ou moins de plats. Passer de l'A5 à l'A4 double exactement la surface ; passer d'un feuillet simple à un bifold la double encore. Une formule du midi tient sur un A5 recto, une carte du soir avec quarante références rarement.
Le contraste, deuxième variable que la plupart des cartes ratent
La taille ne sauve pas un contraste faible. Un gris tendance à 60 % sur papier crème perd environ un tiers de son contraste apparent sous lumière chaude, parce que le papier jaunit visuellement et que l'encre grise se réchauffe avec lui. Pour le texte courant d'une carte imprimée, restez au moins à 85 % de noir, ou à un brun foncé ou un bleu marine imprimé en aplat, pas en trame.
Le texte en réserve (clair sur fond sombre) est légitime pour les titres et les cartes de cocktails, mais il demande plus de corps et de graisse : ajoutez 1 pt et montez d'une graisse, car l'étalement de l'encre sur un carton non couché mange les traits fins des lettres blanches. Sur un carton mat de 350 g, un texte blanc en graisse light sous 9 pt se bouche visiblement.
Couleur sur couleur
Un texte coloré sur fond coloré se vérifie en niveaux de gris. Si les deux tons se ressemblent une fois désaturés, vos clients de plus de 50 ans peineront. Une règle venue de l'accessibilité web s'applique bien au papier : visez un rapport de contraste de luminance d'au moins 4,5:1 pour tout ce qui est en dessous de 14 pt.
Papier, finition et lumière
Un pelliculage brillant renvoie la bougie droit dans l'œil du lecteur et crée un reflet qui masque une ligne entière. Les finitions mates ou soft-touch diffusent la lumière et sont le choix sûr pour une carte du soir. Les papiers non couchés sont les plus agréables à lire, mais ils augmentent l'engraissement du point : les empattements très fins et les graisses light deviennent floues. Passez en graisse regular et évitez les polices de titrage ultra-fines.
La teinte du papier compte aussi. Un carton blanc pur donne le contraste maximal ; un papier naturel ou ivoire est plus chaleureux et pardonne davantage aux photos, mais vous coûte quelques pour cent de contraste, à compenser par une encre un peu plus dense ou un corps un peu plus grand.
Graisse, italique et le piège de la police fine
L'italique réduit la lisibilité du texte continu ; réservez-le aux descriptions courtes ou à l'origine d'un produit. Les graisses light et thin, très à la mode dans les cartes minimalistes, sont la première cause de réclamations de clients. Si la marque impose une police fine, gardez-la pour le nom du restaurant et les titres de sections, et composez les plats et descriptions dans la graisse regular de la même famille.
Les polices condensées permettent d'aligner plus de caractères par ligne, mais leurs contreformes étroites se ferment en lumière basse. Gardez-les pour les titres au-dessus de 14 pt.
Un test de cinq minutes avant d'imprimer 200 exemplaires
- Imprimez une épreuve à 100 % sur le papier que vous utiliserez vraiment, ou le plus proche possible ; ne jugez jamais à l'écran.
- Emportez-la à la table la plus sombre de la salle, à l'heure de votre service du soir, et lisez-la à bout de bras.
- Demandez au membre de l'équipe le plus âgé, ou à un habitué de plus de 55 ans, de lire une description entière à voix haute sans lunettes.
- Tenez-la sous la vraie lampe ou la vraie bougie de la table et cherchez les reflets.
- Vérifiez le plus petit texte de la page : si la légende des allergènes est pénible, elle est trop petite.
Si l'une de ces étapes échoue, ajoutez un point de corps, une graisse, ou retirez un plat. Ne réduisez pas les marges pour compenser : une carte qui court jusqu'au bord paraît encombrée et se lit plus lentement.
Des caractères plus grands, un ticket plus haut
Une typographie généreuse n'est pas une concession faite aux clients âgés, c'est une décision commerciale. Une carte qu'on lit confortablement dans la vraie salle, avec la vraie clientèle, laisse les gens flâner, découvrir le plat à la meilleure marge et commander le deuxième verre parce qu'ils ont pu lire ce que c'était. Chaque point de corps ajouté est un petit pas vers un panier moyen plus élevé.
Dans Menu Atelier, les huit styles de départ utilisent par défaut des corps adaptés au service du soir, et lorsque vous basculez une carte de l'A4 à l'A5, la typographie se redimensionne dans ces limites au lieu de rétrécir aveuglément. Vous pouvez vérifier le résultat en 3D avec un éclairage de salle sombre avant de télécharger le PDF prêt à imprimer ou de commander vos cartes imprimées sur carton mat 350 g.