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Interlignage, approche et justification : les réglages qui font respirer une carte

Interlignage, interlettrage et longueur de ligne pour une carte de restaurant : des valeurs concrètes par niveau de texte et l'espace entre plats qui évite l'effet tableur.

Deux cartes peuvent utiliser la même police au même corps, et l'une paraîtra sereine tandis que l'autre ressemblera à une déclaration d'impôts. La différence tient presque toujours à l'espacement : la distance entre les lignes, la tension des lettres, la longueur de chaque ligne et l'air qui sépare un plat du suivant. Voici les valeurs que j'utilise comme point de départ sur chaque carte, et les raisons derrière chacune, pour que vous puissiez les ajuster à votre salle et à votre offre.

L'interlignage : la distance entre les lignes de base

L'interlignage se mesure de ligne de base à ligne de base et s'exprime en points ou en pourcentage du corps. Les traitements de texte proposent par défaut 115 à 120 %, un réglage pensé pour de longs paragraphes sur une page claire. Une carte n'est pas un paragraphe. Les descriptions font deux ou trois lignes, se lisent à distance, en lumière basse, et réclament plus d'air qu'un roman.

  • Descriptions en 9 à 10,5 pt : interlignage de 130 à 145 %, soit 12 à 15 pt. C'est le changement qui, à lui seul, fait paraître la plupart des cartes plus haut de gamme.
  • Noms de plats en 11 à 13 pt lorsqu'ils passent sur deux lignes : 115 à 125 % ; un nom doit se lire comme un bloc, plus serré que la description en dessous.
  • Titres de sections en capitales : 100 à 110 % ; les capitales n'ont pas de descendantes, un interlignage normal laisse un trou visible.
  • Carte des vins et contenus tabulaires : 135 à 150 %, car l'œil parcourt chaque ligne horizontalement et doit retrouver sa piste au retour.

Les polices à grande hauteur d'x (la plupart des linéales modernes) demandent le haut de ces fourchettes ; les elzévirs à petite hauteur d'x et longues ascendantes portent déjà de l'espace en eux et se tiennent bien dans le bas.

L'espace entre les plats : l'interlignage que personne ne règle

L'échec le plus courant sur une carte n'est pas l'interlignage à l'intérieur d'une description, mais l'espace entre un plat et le suivant. Si le blanc entre la dernière ligne d'une description et le nom du plat suivant est égal à l'interlignage de la description, l'œil ne sait plus où un plat se termine. Réglez cet espace à au moins 1,5 fois l'interlignage des descriptions, idéalement 2 fois : pour un texte en 10 pt interligné à 14 pt, cela donne 21 à 28 pt entre les plats.

Entre les sections, doublez encore. Sur une page A4, cette discipline vous coûte généralement deux à quatre plats, ce qui est la meilleure coupe que la plupart des cartes puissent recevoir. Une formule du midi en profite tout autant qu'une carte du soir.

L'approche : l'interlettrage qui joue pour ou contre vous

L'approche de groupe (tracking) modifie uniformément l'espace entre toutes les lettres d'un mot. Les graphistes l'expriment en millièmes de cadratin ; 20 unités sur un corps 10 ajoutent 0,2 pt entre chaque paire de lettres.

Le bas de casse doit rester proche de zéro. Interlettrer des minuscules fait éclater les mots en lettres et ralentit la lecture ; une approche négative au-delà de moins 10 fait se toucher les lettres rondes. L'exception, c'est le petit texte : sous 8 pt, 5 à 10 unités positives compensent l'étalement de l'encre et gardent la légende des allergènes ouverte.

Capitales et petites capitales sont le cas inverse. Elles sont dessinées pour côtoyer des minuscules et, composées ensemble, paraissent serrées. Interlettrez les titres de sections en capitales de 80 à 150 unités, les petites capitales de 50 à 100. Plus le corps est grand, moins il faut d'approche : à 24 pt, les approches naturelles se lisent déjà comme de l'espace.

Crénage et approche

Le crénage ajuste des paires précises (Ta, Vo, r.). Toute bonne police embarque des tables de crénage ; vérifiez que votre logiciel les applique (crénage métrique ou optique activé) et ne crénez pas une carte à la main, sauf si le nom du restaurant présente une paire disgracieuse. Les traitements de texte laissent souvent le crénage désactivé, ce qui explique qu'un titre dans Word paraisse moins bon que le même titre dans un logiciel de mise en page.

La justification : quelle longueur pour une ligne

La justification, au sens typographique, c'est la longueur de ligne. La zone de confort classique en lecture est de 45 à 75 caractères par ligne ; sur une carte, où les lignes sont courtes et lues à bout de bras, 35 à 60 caractères est l'idéal pour les descriptions. Une description qui court sur toute la largeur d'un A4 en corps 10 atteint 95 caractères, et l'œil perd sa place au retour.

C'est le vrai argument pour deux colonnes en A4 : non pas caser plus de plats, mais tenir la ligne autour de 45 à 55 caractères. En A5, une colonne unique en corps 10 donne environ 55 à 65 caractères, ce qui fonctionne sans seconde colonne. Gardez une gouttière de 8 à 12 mm entre les colonnes ; plus étroite, l'œil saute de l'une à l'autre.

Composez les descriptions au fer à gauche, en drapeau. Le texte justifié sur une mesure courte produit des lézardes entre les mots ; le texte centré convient à un nom, un titre ou un menu dégustation de trois lignes, mais une liste centrée de douze plats avec descriptions se parcourt lentement parce que chaque ligne commence ailleurs.

Les marges et le cadre extérieur

L'espacement dans le texte est perdu si le bloc court jusqu'au bord de la carte. Gardez au minimum 12 mm de marge en A5 et 15 à 20 mm en A4, en plus des 3 mm de fond perdu rognés à l'impression. Sur un bifold, la marge intérieure contre le pli doit être supérieure de quelques millimètres à la marge extérieure, car le pli avale de l'espace visuel et un carton 350 g rainé ne s'ouvre jamais parfaitement à plat.

Le client qui tient la carte couvre aussi les coins inférieurs avec ses pouces. Laisser 20 mm en bas n'est pas un luxe : cela garde le dernier plat lisible.

Un exemple chiffré en A5

  1. Page : 148 × 210 mm, marges 14 mm, une colonne, justification d'environ 120 mm.
  2. Titre de section : capitales 13 pt, approche 120, 24 pt d'espace au-dessus, 10 pt en dessous.
  3. Nom du plat : 11,5 pt demi-gras, interlignage 14 pt.
  4. Description : 9,5 pt regular, interlignage 13 pt, fer à gauche, deux lignes maximum.
  5. Espace entre les plats : 24 pt ; entre les sections : 40 pt.
  6. Résultat : 14 à 16 plats décrits par face, confortablement.

L'air n'est pas du vide, c'est de la structure

Un client ne dira jamais que l'interlignage de cette carte est à 140 % ; il dira qu'elle est agréable, ou il froncera les sourcils et demandera au serveur ce qui est bon. Chaque valeur ci-dessus sert à rendre la structure de la carte évidente sans un seul filet ni encadré : ceci est une section, ceci est un plat, ceci est sa description, ceci est le prix. Réglez bien les espaces et vous aurez besoin de beaucoup moins de décoration pour que la carte paraisse dessinée.

Les huit styles de Menu Atelier intègrent ces rapports d'espacement, si bien que l'interlignage, l'espace entre plats et les marges restent proportionnés quand vous passez de l'A4 à l'A5 ou d'un feuillet simple à un bifold en un clic ; vous pouvez vérifier le résultat en 3D avant de télécharger le PDF prêt à imprimer.

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